La santé mentale au croisement du digital et des nouveaux schémas de soin

La e-santé mentale: le digital pour repenser les soins et le suivi

[Entrevue réalisée en mars 2019]

Stress, dépression Burn Out, de plus en plus de personnes touchées en France par des  maladies mentales caractéristiques de notre époque. Alors pourquoi continuer à les traiter avec des méthodes dépassées et anachroniques.

C’est là où se positionne Doctoconsult, la première startup qui réunit praticiens et patients dans la même plateforme en leur offrant une panoplie de services innovants et pratiques.

Christophe Dufour CTO à Doctoconsult a accepté de nous parler de la contribution de Doctoconsult dans la transformation digitale des soins et de la santé mentale en France!

 

La transformation digitale est devenue LA réponse aux maux du secteur de la santé à la fois pour améliorer la qualité des services mais aussi et surtout pour proposer un cadre de santé plus inclusif. Comment se positionne Doctoconsult dans ce contexte et quelle est votre mission ?

Le positionnement de Doctoconsult s’inscrit pleinement dans cette description. Dans la santé mentale nous faisons face à plusieurs challenges. Pour y faire face, la vision de Doctoconsult est d’apporter une transformation digitale dans sa globalité.
Nous souhaitons offrir à la fois aux médecins et aux patients des outils qui permettent d’améliorer la connaissance de l’état de santé du patient et aider à son amélioration.
Pour les médecins nous avons une approche liée à l’optimisation de leur temps médical et à une aide dans le cadre de leur pratique.
Notre offre comprend ainsi des outils digitaux et de conciergerie pour qu’ils puissent optimiser leur temps. Aujourd’hui le nombre de médecins est insuffisant et pourtant on perd des moments précieux pour des activités qui ne bénéficient pas à leurs patients : tâches administratives, gestion de rendez-vous…
Le second axe est de les assister dans leur métier avec une aide à la prescription basée sur la base de données de médicaments Vidal ainsi que des outils de gestion de feuilles de soin.
Enfin, grâce à notre solution de thérapie digitale, nous souhaitons mettre à la disposition des médecins des outils digitaux pour mieux connaitre l’évolution de leurs patients et mieux suivre l’impact du traitement qu’ils leur délivrent.
Pour les patients, notre objectif est de permettre une meilleure prise en charge de leur pathologie et de leur donner les outils pour gérer leur maladie entre deux consultations, de manière personnalisée et en lien avec leur médecin. A ce jour, entre les consultations, le patient est souvent livré à lui-même. Pourtant nous avons les moyens technologiques de les accompagner au quotidien, de les aider à gérer leurs émotions, et de détecter des comportements que le médecin pourra ensuite prendre en charge.

 

 D’un point de vue développement est ce qu’il existe assez de particularités pour parler d’un développement Health Tech comme c’est le cas pour la Fintech où la composante métier est centrale ?

La plus grande particularité de la e-santé en termes de développement est le fait que nous devons recréer “digitalement” un lien de proximité avec le patient, en s’inspirant du lien qu’il a avec ses médecins. La User eXpérience prend donc une part importante dans la construction des solutions.
Par ailleurs, la e-santé est un secteur où les traitements de données doivent être gérés de manière très rigoureuse. Ainsi une application qui a une influence sur le parcours de soin doit être certifié Dispositif Médical. Le législateur européen vient d’ailleurs de renforcer fortement ce point. Ceci a une conséquence importante sur le coût du développement puisque les normes de qualité sont très rigoureuses. Il devient difficile de mettre en place des méthodes telles que le développement Agile.
En termes de technologie en revanche, nous retrouvons les mêmes concepts que dans les autres domaines, en développement Web ou en Intelligence Artificielle par exemple.

 Les données de la e-santé sont complexes et difficiles à gérer tant sur le format, la structure, que sur la réglementation. Quelle place occupe les données au sein de Doctoconsult et comment faites-vous pour les gérer ?

Les données de nos utilisateurs (médecins et surtout patients) sont une grande priorité pour nous. D’ailleurs ce fut l’objet de nos premières actions après notre levée de fond.
La problématique de la structuration des données peut devenir complexe dans le cadre d’échange d’information avec d’autres acteurs. Étant une jeune société, nous avons la chance d’avoir pu partir sur ce qui semble maintenant des choix assez « standards » au niveau mondial, tout en ayant à l’esprit que des outils comme le DMP vont devenir un jour des pivots d’échange d’information centrés patients.

 Lorsque l’on parle de données, la question de sécurité se pose naturellement et ce pour tous les secteurs. Cette exigence est d’autant plus importante dans le domaine de la e-santé. Comment vous assurez-vous de développer une solution qui prend en compte cette exigence (choix techniques, choix des partenaires, des collaborateurs, etc.)

Les données de santé mentales sont considérées comme vitales au sens littéral du terme : divulguer des informations sur l’état de santé pour les pathologies que nous gérons pourraient conduire au décès du patient.
Nous mettons donc en œuvre toute une panoplie de mesures de sécurité pour empêcher l’accès et, le cas échéant au niveau de la donnée, de la rendre illisible. Ces mesures sont couplées avec des outils d’analyse pour s’assurer que la sécurité est opérationnelle. Nous effectuons également deux fois par an des audits de sécurité.
Je tiens ici à souligner le travail de l’ASIP (Agence Française de la santé Numérique) qui fournit un grand nombre de recommandations qui ont été la base de bon nombre de nos choix.
En termes de partenaire nos hébergeurs de données santé ont une place importante, car ils fournissent des outils onéreux que nous ne pourrions déployer en propre en tant que startup.
Et enfin une composante importante est la formation des équipes internes. Nous avons par exemple une charte pour les salariés et une charte renforcée pour le personnel IT qui pourrait accéder à la donnée.

Pour pouvoir offrir une expérience de soins de santé holistique, différentes parties impliquées dans les soins de santé – médecins, prestataires de soins de santé, prestataires d’assurance, partenaires technologiques – doivent pouvoir échanger des informations entre elles en toute sécurité, collaborer ensemble… les utilisateurs finaux doivent également avoir des compétences digitales et une familiarité avec ces outils. Comment décrieriez-vous l’écosystème de l’e-santé en France et à quel point répond-il à ces exigences ?
Qu’attendez-vous de vos partenaires et prestataires de services ?

A ce jour, au niveau numérique, le monde de la santé en France accuse un certain retard et une forte hétérogénéité des systèmes. Nous nous sommes fortement reposés sur le rôle de médecin comme intégrateur du parcours de soin de leurs patients. Mais n’en n’ayant pas les moyens ou les connaissances, seul le patient a éventuellement pu jouer ce rôle.
Le rôle du DMP sera probablement déterminant au niveau Français. La communauté européenne s’intéressant également depuis peu sur la question au niveau plus global.
En conclusion il y a beaucoup à faire, et le rôle des autorités pour imposer un espace commun et des formats d’échange de données standardisé sera déterminante.

 Comment voyez-vous le secteur dans 10 ans ? Qu’en est –il de Doctoconsult ?

Le secteur de la santé va profondément se transformer, et l’usage des technologies maintenant matures grâce à d’autres usages vont permettre d’améliorer les parcours de soins, de mieux accompagner les patients, de capturer des informations plus efficacement et d’éviter l’errance médical que trop nombreux connaissent.
L’usage grandissant des objets connectés vont également enrichir notre détection des évolutions des états de santé des patients, qui seront beaucoup plus acteurs qu’aujourd’hui, tout simplement car les applications leur apporteront ainsi qu’à leurs médecins des informations auxquelles ils n’ont pas accès actuellement.

Merci encore une fois à Christophe Dufour qui a attaqué une nouvelle aventure mais en servant toujours la même mission “réinventer le système de santé” grâce au digital.

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